1/ Un argumentaire dangereux pour l’économie française dont le but est de générer la peur d’un ennemi intérieur qui aurait pris le visage de la monnaie européenne

Surfant sur la peur de la crise et sur l’incompréhension des mécanismes économiques, le Front National a trouvé une nouvelle manière de se construire un ennemi intérieur depuis 2002, à côté des immigrés, des assistés etc… c’est l’Euro !

L’arrière-pensée de cet argument rejoint la pensée de nouveaux mouvements d’extrême-droite européens visant à dénoncer toute autorité supranationale, et la dénonciation à visée populiste de la technocratie européenne, agent puissant de l’ennemi intérieur : la monnaie est en effet selon l’argumentaire FN « avant tout un symbole de souveraineté pour les Anglais, une fierté nationale pour les Allemands et une crainte pour les français».

Là où cet argumentaire est dangereux, c’est qu’il est habile : la technocratie européenne est dénoncée à gauche, en particulier lorsqu’il s’agit de mettre en avant le manque de démocratie. De même l’Euro et plus particulièrement la politique de la Banque Centrale Européenne uniquement axée sur la limitation de l’inflation sont critiqués par la gauche, et par de nombreux économistes, comme étant mortifère en termes d’emploi, et en termes de limitation des politiques de relance monétaire et budgétaire. Et c’est précisément pour démêler cette pelote qu’il faut se pencher sur la question en acceptant de se la poser, et de ne pas la poser pour les même raisons !

Tout d’abord une sortie de l’Euro est-elle souhaitable ? L’idée de cette sortie de l’Euro, du point de vue du FN, est de se défaire d’une autorité supranationale qui « brime les français » et en particulier les exportations françaises. Cette idée s’appuie sur certaines justifications qui ne sont pas toutes idiotes, mais déboucheraient, disons-le d’emblée, sur un cataclysme économique dont la France ne sortirait pas du tout en meilleur état et surtout, détruirait toute possibilité d’amélioration à moyen terme. Et, pire que tout, il faut bien noter que le FN ne vise cet objectif que pour des raisons de dénonciation de l’ennemi européen qui est devenu un ennemi intérieur (l’Euro), c'est-à-dire pour agiter la peur née de l’ignorance, sans assurer une quelconque réponse satisfaisante aux problématiques qu’il soulève.

La sortie de l’Euro est avancée comme une possibilité de récupérer l’arme monétaire et donc dévaluer la monnaie pour relancer l’économie.

Qu’en serait-il vraiment ? Il faut à tout prix dissiper les illusions. En effet une sortie de la zone euro ne permettrait pas de remonter le Temps !!! Les dévaluations des années 60 fonctionnaient dans un contexte économique qui n’est pas le même qu’aujourd’hui : elles s’imposaient aux Etats dans des contextes de manque de compétitivité-prix, ou de manque de réserves de change, et étaient coordonnées pour bénéficier d’un effet de surprise qui amplifiait les gains de l’opération menée. Ceci est impossible aujourd’hui dans la zone euro. Tout d’abord parce qu’il n’existe pas de procédure de sortie de la Zone euro dans les traités. Il faudrait en créer une, casse-tête juridique et financier, qui plus est tellement long du fait de la négociation que les effets de surprise permettant de gagner en compétitivité seraient quasi-nuls. Pire il est certain qu’une spéculation tous azimuts et absolument imprévisible dans ses conséquences se mettrait en marche, bousculant toutes les structures économiques et sociales des pays par des réactions en chaîne impossibles à anticiper. La négociation serait elle-même totalement bloquée par ces mouvements spéculatifs.

Le principe d’une dévaluation permettant de récupérer un gain de compétitivité (en baissant le prix de la monnaie, celui des exportations baisse et les importations montent ce qui relance temporairement l’activité économique et la compétitivité) ne jouerait pas non plus tel que dans les années 60. Tout simplement parce que la dette de l’État est libellée en Euros (1832 milliards d’euros fin juin 2012). Et l’écart de dévaluation rendrait cette dette d’autant plus lourde (si 1 euros vaut 6.55 francs, que l’on dévalue le franc de 10% mettons, alors 1 euro vaut 7.205 francs, donc 1 euro de dette devient plus difficile à rembourser !).

Par ailleurs la protection qu’offre l’euro fort à l’égard du prix du pétrole (toujours en dollars) disparaitrait également. Or, si il existe bien un effet de l’Euro, c’est celui de protéger la consommation très liée au prix du pétrole, par le même effet décrit au-dessus : 1 euro valant plus qu’un dollar, le prix du pétrole est bridé par la monnaie européenne !

Il résulterait d’une explosion de la dette, d’inévitables emprunts aux institutions internationales (FMI etc…) qui exigerait une austérité accrûe, et il y a fort à parier que celle-ci serait mortifère socialement et économiquement !

Cette sortie de l’Euro est donc dangereuse pour la France et son économie en l’état actuel :

Une sortie de l’Euro n’est pas souhaitable car elle aurait des conséquences économiques catastrophiques (chômage démultiplié, prix impossibles à tenir, endettement massifs, surendettement et faillites d’entreprises en série...) d’autant plus que celle-ci est prônée, par un artifice technique, dans le seul but politique de dénoncer un ennemi intérieur qui serait l’Europe et à travers elle l’Angleterre et l’Allemagne selon le Front National.

Notons à cet égard que le FN modulerait sans doute dans son discours cet effet chômage par une sorte de carte magique de la « préférence nationale », qui est une pure fiction et qui ne protège pas du tout ceux qui se disent être « vrais français »!!! En effet, en cas de sortie de l’Euro, surtout pour la France qui est au cœur de l’Europe, le cataclysme économique serait tel qu’il toucherait tout le monde indifféremment, et les plus pauvres en premier !

2/ Que faire alors ?

S’il n’est pas souhaitable de sortir de l’Euro, il est certain qu’il n’est pas possible de continuer sans un véritable contrôle démocratique des décisions économiques européennes ! Nous ne demandons pas pour cela moins d’Europe, mais au contraire plus d’Europe, c'est-à-dire l’établissement d’une Europe des peuples, à même de se diriger en reprenant la main sur sa politique monétaire et budgétaire, et à même de mener des politiques en faveur de la croissance, de l’emploi, des services publics et de l’environnement, sanctionnées par de véritables citoyens européens placés au cœur d’institutions fédérales ! Si nous dénonçons les travers d’une certaine technocratie européenne, ça n’est pas pour faire peur et prôner la désunion, mais bien parce que nous croyons qu’une autre Europe est non seulement possible mais nécessaire pour s’affirmer et peser à l’échelle mondiale.

Une Europe dans laquelle le Parlement, élu par tous les citoyens est au cœur des décisions législatives en ayant un pouvoir de proposition de loi, un pouvoir de contrôle fort de l’exécutif européen qui lui rend des comptes, un pouvoir de vote des lois. Bref, une Europe où le Parlement, outil des citoyens européens, demande des comptes et établit les politiques en leur nom, et non de manière opaque, dans des conseils gouvernementaux obscurs, par le truchement de jeux de cabinets et de lobbys peu identifiables qui prennent en otage la volonté du peuple !

Une Europe avec un véritable gouvernement en premier lieu duquel un ministre de l’économie contrôlé et nommé par le Parlement et ayant autorité pour agir sur la Banque Centrale Européenne en faveur de l’emploi et de l’environnement.

Une Europe avec une Banque Centrale au service de l’économie et des citoyens européens. Il faut en effet changer ses statuts absurdes qui ne se centrent que sur l’objectif de lutte contre l’inflation, pour qu’elle puisse prêter directement aux Etats à des taux bas, intégrer dans ses objectifs la promotion de l’emploi et le financement de l’économie réelle ainsi que la transition énergétique. Car ce sont là les véritables buts d’une économie du XXIème siècle qui doit être recentrée sur l’homme et son écosystème !

Une Europe renouant avec la possibilité d’agir sur son économie au nom de ses citoyens, de dévaluer l’Euro, comme de coordonner des politiques de relance budgétaire ou monétaire à l’échelle européenne, avec des mécanismes de péréquation entre Etats pour éviter tout phénomène de « passager clandestin ». Par exemple : impôts et budget européen destiné à récupérer fédéralement les effets des politiques de relance de chaque Etat, rachat de différentiel de taux d’emprunt par les pays les plus riches au profit des plus pauvres, ou encore mutualisation de la dette des Etats européens par la création d’obligations du trésor européennes, établissement d’un SMIC européen en parité de pouvoir d’achat, aide à la relocalisation d’entreprises et pénalisation financière des délocalisations ayant profité d’aides nationales et européennes…

Une Europe qui supervise les marchés et les banques institutionnellement via la BCE, c'est-à-dire les capacités de financement au service d’une économie réelle elle-même au service et respectueuse des écosystèmes et des hommes, et qui lutte contre les lobbys de toutes sorte en matière de décision de politique économique, par la traçabilité des conflits d’intérêts au sein des principaux centre sratégiques identifiés (Goldman Sachs en premier lieu) : commissariat au commerce extérieur, président de la Banque centrale et des banques centrales nationales, etc…

Une Europe à l’écoute du mouvement social, qui intégrerait à toutes discussions de propositions de loi en particulier en matière de grandes décisions économiques, les syndicats, les associations, les mutuelles et l’ensemble des composantes nationales et européennes de la société concernées par le sujet !

De même il faut intégrer aux traités existants, à côté du grand marché européen, la notion de lutte pour l’intérêt général (qui est différent de la somme des intérêts particuliers, tel que le définit le marché et qui nécessite donc une intervention de la puissance publique) ou encore, la notion de service publics qui sont le patrimoine hors marché, c'est-à-dire le patrimoine de tous, et qui dépassent les seuls services régaliens (police, justice, routes et infrastructures).

Il faut encore ajouter la lutte en faveur de la préservation de la planète qui passe par une lutte contre le réchauffement de la planète (en particulier les gaz à effets de serre dont CO2) et contre ce qui la met durablement en danger de sorte qu’elle implique de mettre en danger l’humanité (nucléaire, extinction des écosystèmes…), et la nécessité de mettre en place une véritable transition énergétique.

Dans cette perspective, il est fondamental de décarbonner la croissance, de lutter contre le gaspillage énergétique et de se défaire de la dépendance au pétrole, comme au nucléaire, sans tomber dans le travers chinois du charbon, comme nous avons pu le dire déjà dans un billet précédent!

Bref, il nous faut un grand traité politique, social et écologique européen pour entamer la mutation de l’Europe vers un véritable État fédéral (comme la Suisse, l’Allemagne ou les Etats-Unis) porteur de paix et de prospérité, véritable nouveau temple des hommes, et nouvelle étape vers la construction de notre République universelle!